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Quels outils pour un report modal en faveur du rail ?

La voix de NOSTERPACA

Au quotidien, de nombreux échanges ont lieu entre les membres des différentes associations qui défendent, chacune selon sa vision propre, le transport ferroviaire. Parmi tous ces mouvements, NOSTERPACA est particulièrement attachée à la préservation de l'outil ferroviaire historique, anciennement « LA SNCF » appelé aujourd'hui « SNCF ».

S'agit-il simplement de nostalgie pour des personnes ayant exercées une activité professionnelle dans ce secteur ou bien s'agit-il d'analyses fondées sur des faits et constats ?

Gilbert SOULET, Président de NOSTERPACA et Robert FRANCESCHI, membre du bureau, apportent des éléments de réponses et une contribution à un débat qui va revenir dans l'actualité après l'accident de Brétigny sur Orge.

 

Gilbert SOULET :

Robert, tu as été dirigeant du triage de Miramas au cours de ta carrière à la SNCF. Tu as réagi à propos d'une affirmation selon laquelle les triages n'avaient plus d'avenir, et qu'en particulier, celui de MIRAMAS ne pouvait répondre à un besoin de report modal pour diminuer les trafics routiers de marchandises

Robert FRANCESCHI :

Oui, mais j'insiste pour dire que mon idée dépasse largement les portes de Miramas.

Appelé en consultation par Monsieur le Maire de Miramas au début de l'année 2008, j'ai rencontré les syndicalistes cheminots. La première question que je leur ai posé a été : "Que faites-vous au niveau national, que faites-vous avec les autres triages ?"

La réponse a été : "Nous, c'est Miramas …"

Cette réponse ne m'a pas satisfait du tout, et j'ai aujourd'hui la preuve du bien fondé de ma position les actions dispersées n'ont pas remis en ordre de marche le réseau de triages.

Gilbert SOULET :

Mais il existe aujourd'hui une association Convergence Rail 

Ne répond-elle pas à ce besoin ?

Robert FRANCESCHI :

Effectivement. Mais les couleurs politiques ont du mal à s'harmoniser … ! Et la marque de fabrique de convergence reste fortement sous influence. Or, aujourd'hui, camper sur des positions idéologiques n'apporte pas de solutions concrètes. Il faut ouvrir le débat en intégrant les éléments du contexte actuel. Par exemple à propos des OFP et de l'activité de RDT 13, pouvons-nous rester sur une réaction d'hostilité ou faut-il rechercher les complémentarités indispensables pour reconstruire un outil ferroviaire efficace ?

Gilbert SOULET :

Peux-tu développer ta vision des différentes fonctions d'un triage comme celui de Miramas ?

Robert FRANCESCHI :

Oui, et avec plaisir car il est vraiment nécessaire de revenir sur l'utilité des triages si l'on prétend aller vers un report modal route/fer :

C'est bien l'idée générale qu'on se fait de ces installations qui me choque. Car le wagon isolé (WI) ne vaut que par les triages qui sont les orfèvres, les bijoutiers du produit.

J'en veux pour exemple les services que celui de Miramas (c'est là où j'ai officié pendant 28 années) rendait aux clients :

 - classement des trains en lots A/Z ou Z/A selon leurs désirs

 - orientation des wagons : un client recevait une citerne MD avec déchargement d'un seul côté du wagon.

Contacté par le commercial de FRET SNCF, j'ai organisé l'orientation au triage : adaptation informatique pour pister les envois, alerter le responsable opérationnel et lui faciliter la tâche.

 - gestion de la longueur de certains lots dans certains trains : desserte du Centre Technique Terrestre (CTT) de Pas des Lanciers avec une voie E à longueur limitée alors qu'il n'y a aucune limitation de longueur à PDL. Adaptation de la longueur des lots et de l'outil informatique.

 - adjonction/séparation de rames wagons isolés/trains entiers (WI/TC)

- gestion des trains longs (850 m)

 - gestion des navettes inter-bassins (est/ouest du GPMM, PAM à l'époque)
 - gestion des wagons vides pour la sidérurgie (et le fret en général)

Voila quelques aperçus de ce que l'on peut faire dans un triage (et certainement pas dans toutes les gares de desserte, y compris dans les enceintes du GPMM).


C'est pourquoi j'affirme que les triages sont les orfèvres du WI.

 

Gilbert SOULET :

Les triages sont donc au vu de ton expérience les maillons essentiels d'une chaîne de production de trains de marchandises ?


Robert FRANCESCHI :

Oui, mais de cela personne n'a en conscience.

Même pas en interne à l'entreprise et déjà à l'époque où on la disait intégrée ....
J'ai souvenir de quelques collègues, aujourd'hui FS (Fonctionnaires Supérieurs) qui passaient au triage pour préparer leurs concours. Triage = passage obligé = bête noire des candidats.
Pourquoi ?

La faute aux notices techniques internes et leurs formules mathématiques (par exemple, Nl = Nv * Nv-1 où Nl = nombre de lots, Nv = nombre de voies de formation simultanée), élucubration de cerveau "bac + 25" comme dirait un cheminot de mes connaissances. !
Formule irrationnelle et non appliquée par les triages (je les ai presque tous visités dans le cadre de mes diverses fonctions successives (responsable informatique, responsable de la modernisation du système de tri, ...).

Je pense aussi que ces installations (dont je ne suis pas sur que les coûts aient été amortis, contrairement aux dires des collègues de la CGT locale), peuvent encore offrir des services à la société surtout en ces temps de disette financière.

Voilà pourquoi aujourd'hui je suis indigné par ces idées préconçues. Mais je comprends aussi, que manque de précisions et de connaissances approfondies elles soient ce qu'elles sont.

 

Gilbert SOULET :

Nous avons vu les résultats du premier trimestre de SNCF :

Les éléments techniques que tu nous indiques constituent-ils à eux seuls les raisons du déclin de l'activité fret ?


Robert FRANCESCHI :

Je le dis et je le répète, la gestion par produit au sein de la gestion par activité, ne fait qu'accroître les coûts de production qui se déplacent d'un produit (le WI) vers un autre (le TC), mettant le FRET SNCF hors marché. Et induisant la stratégie de repli de cette dernière (et la communication qui va avec).

Alors, volonté politique indispensable : OUI certainement. Mais quand ? Par qui ?

 

Gilbert SOULET :

Tu es comme moi un ancien de « la grande maison », ne crois-tu pas que tout cela est dépassé et que la nostalgie prend le dessus de la réalité ?


Robert FRANCESCHI :

La nostalgie de Miramas : oui, un peu pour tout ce que j'ai pu y réaliser. Mais c'est avant tout un élément dans un réseau de triages et une organisation de la production des trains. Seul, un triage n'a aucun intérêt (ou très limité : au GPMM ???).

Je reste convaincu que les réorganisations imposées à l'ex SNCF n'ont apporté aucune amélioration en terme d'efficacité et de productivité de l'appareil ferroviaire. Ce sont des idéologues qui ont déconstruits l'outil sans aucune considération des conséquences réelles de leurs décisions. D'ailleurs, un récent rapport du sénat attire l'attention sur l'absence d'évaluation 

Et l'ouverture à la concurrence n'a pas provoqué de report modal modal massif mais une concurrence sur les produits les plus rentables, les trains entiers, obligeant l'opérateur historique à réduire ses coûts donc la part WI !

D'où un report modal contraire à celui souhaité !

Les triages ne sont rentables qu'au delà d'un certain volume et nécessitent donc une politique du volume et non de la sélection des flux.

 

Concernant le triage de MIRAMAS et plus généralement les outils de production ferroviaires, vous pouvez retrouver l'article publié à l'occasion de la journée organisée en janvier 2012 en suivant le lien ci-dessous : 

Quels outils pour un report modal en faveur du rail ?
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